LIBERTE 62 - LES MÉTALLOS DU NORD NE FERONT PAS MARCHE ARRIÈRE

APRÈS LEUR MOBILISATION AU SALON DE L'AUTOMOBILE, LES MÉTALLOS DE LA CGT DU NORD-PAS DE CALAIS NE FERONT PAS MARCHE ARRIÈRE
Vendredi 10 octobre, à lʼappel des fédérations CGT de la Métallurgie, de la Chimie et du Verre et Céramique, plus de 5.000 salariés, venus de la France entière ont manifesté dans les rues de Paris et se sont invités au Salon mondial de lʼautomobile. Venus de la région, ils étaient plus de 400 à se rendre sur place. Jean Pierre Delannoy, secrétaire régional de lʼUSTM-CGT et Gérard Six, responsable du Collectif Auto CGT du Nord/Pas-de-Calais étaient parmi eux. Entretien.
Liberté 62 : « La mobilisation de la CGT, le vendredi 10 octobre dernier au Salon mondial de l'automobile, a étonné par son ampleur. Quelle en était la signification ? »
Gérard Six : « Il faut souligner que la CGT métallurgie n'avait plus organisé une manifestation au Salon de l'automobile depuis longtemps. Avec plus de 5 000 manifestants dont plus de 400 venus du Nord et du Pas-de- Calais, cela a été un succès. Il témoigne d'une volonté forte et incontournable d'agir à la base. Si, au niveau national, la fédération de la métallurgie a été amenée à l'organiser, c'est que dans les entreprises et les syndicats CGT de la métallurgie et de l'automobile en particulier, la colère monte. »
Jean-Pierre Delannoy : « Une telle mobilisation de la CGT au Salon de l'auto, nous n'en nʼavions pas connu depuis le milieu des années 80. Elle indique une inquiétude mais aussi une certaine prise de conscience collective. Et pas seulement dans le secteur de l'automobile. Si les travailleurs de l'automobile représentaient la majorité des manifestants, d'autres travailleurs représentant d'autres industries étaient présents en nombre. »
Liberté 62 : « Dans le contexte actuel, la situation de l'industrie automobile est préoccupante pour le monde du travail. Une redéfinition de sa stratégie industrielle n'est-elle pas nécessaire ? »
Gérard Six : « Il y a quelques temps on ne nous parlait encore que de "mondialisation". Le mot « capitalisme » n'avait nulle part droit de cité. Ce qui est effarant avec la situation que nous sommes en train de vivre actuellement et que nos adversaires de classe sont maintenant bien obligés de reconnaître comme une « crise du capitalisme » c'est qu'ils prétendent redéfinir la politique industrielle sur les même fondations que celles qui viennent de s'effondrer. Redéfinir une nouvelle politique industrielle, cela veut dire quoi ? Pour eux, c'est, par exemple, si on prend l'automobile, réduire encore les coûts de production pour augmenter au maximum les profits pour alimenter encore la finance, développer encore le mouvement de délocalisation. Ils sont à bout de course. Nous, quand nous parlons de redéfinir une nouvelle politique industrielle nous disons : réinjecter les richesses dans l'économie, dans le pouvoir d'achat, dans l'amélioration des conditions de travail et l'emploi pour faire repartir la machine économique. L'automobile a toute sa place dans le Pas-de-Calais. A condition que l'on rompe avec les pratiques qui nous ont été imposées jusqu'à présent et en particulier, entre autres mesures, au moyen de véritables nationalisations. »
Jean-Pierre Delannoy : « Il y a un appétit démentiel de la part des actionnaires. Il y a des choix financiers qui sont fait plutôt que des choix stratégiques industriels. Si on est capable d'injecter des centaines de milliards pour sauver le système capitaliste et notamment les banques de la faillite, on doit être capable de donner des moyens pour défendre l'industrie. La "crise financière", justement, renvoie à un écart grandissant entre l'argent et le travail. Il faut redonner une dimension plus importante au travail. A partir du moment où l'on fait de l'argent pour faire de l'argent, et que cela ne s'appuie plus sur le travail et la production, l'économie s'effondre. Il faut renverser la tendance. »
Liberté 62 : « Un débat anime la CGT sur ces questions. Quelles en sont les enjeux ? »
Jean-Pierre Delannoy : « Le besoin de cohérence sur la stratégie industrielle s'impose à la CGT et ceci, au plus haut niveau. En même temps, il nous faut une claire stratégie de luttes qui développe la convergence. Au niveau national, nous souhaitons que la mesure de l'enjeu soit prise. Dans le Nord-Pas-de-Calais, nous avons décidé d'organiser, dans la deuxième quinzaine de novembre ou au début du mois de décembre, une réunion de toutes les organisations syndicales de la CGT autour de la question de l'automobile mais aussi de la sidérurgie pour proposer une initiative et engager une mobilisation plus forte dès le début 2009. Une volonté politique s'exprime plus particulièrement autour de ces questions en ce moment. Pour nous, c'est un fait positif. Mais, attention, c'est au mouvement syndical de prendre ses responsabilités. Il nous faut organiser un très large rassemblement des salariés. L'action au Salon de l'auto a créé un intérêt mais, pour nous, elle reste une étape. Il est nécessaire de construire un rapport de force en évitant la précipitation. Pour l'instant, à la base, la prise de conscience commence à se développer mais beaucoup d'obstacles restent à surmonter. L'année prochaine sera décisive à cet égard. »
Gérard Six : « La CGT doit clarifier ses positions. Par exemple, pour nous, à Sandouville, plutôt que de s'engager dans une procédure juridique concernant les licenciements afin de déterminer si oui ou non il s'agit de « licenciements », c'est, pour soutenir les salariés mobilisés, à l'engagement d'un rapport de force sur l'ensemble des sites de Renault que la CGT doit s'atteler concernant les licenciements de Sandouville comme de l'ensemble des licenciements dans le groupe. En outre, pour nous, autre exemple, la fédération de la métallurgie, au niveau national, aurait dû mieux combattre la flexibilité. Il y a deux stratégies syndicales. La première, c'est une stratégie d'adaptation au capital. L'autre est celle qui développe le rapport de force pour obtenir des avancées. La nôtre est la deuxième, la stratégie du syndicalisme de classe. C'est celle qui correspond aux attentes des salariés. Mais le monde politique aussi doit prendre des positions plus claires rapport à l'automobile et à l'industrie en général. Il doit monter au feu. »
Propos recueillis par Jérôme Skalski
Répondant à lʼappel de la CGT, vendredi 10 octobre, ils étaient plus de 5 000 salariés de lʼindustrie à manifester dans les travées du Salon mondial de l'automobile à Paris pour exprimer leur "ras-le-bol" face à la multiplication des plans sociaux dans le secteur automobile et dire « Non aux financiers ». Le cortège était composé d'importantes délégations de salariés de Renault, mais aussi d'équipementiers comme Goodyear, Valéo, Plastic Omnium, réunis derrière une banderole indiquant : "L'avenir de l'automobile est avec les salariés. Oui aux revendications : salaires, emplois, qualifications, conditions de travail, retraite anticipée. Non aux financiers".