LIBERTE 62 - CENTRE HOSPITALIER DE LENS IL FAUT ÊTRE SÉRIEUX !
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CENTRE HOSPITALIER DE LENS
IL FAUT ÊTRE SÉRIEUX !
Jean-Michel Humez, conseiller municipal PCF de Lens, s'étonne des commentaires à répétition et contradictoires du maire de Lens.
LES récents propos de Guy Delcourt sur l'hôpital de Lens en ont étonné plus d'un dont Jean- Michel Humez, élu communiste de Lens qui a accordé un entretien à Liberté 62.
Liberté 62 : Pourriez-vous nous rappeler les interventions du maire de Lens qui ont suscité l'émotion tant parmi le personnel que pour la population ?
• Jean-Michel Humez : Tout commence le vendredi 17 octobre lors du conseilmunicipal. À unmoment,Guy Delcourt affirme qu'il a la conviction que le gouvernement va fermer l'hôpital de Lens. Une déclaration péremptoire et très alarmiste que le maire base sur le fait que Roselyne Bachelot, ministre de la santé, ne semble pas s'intéresser au CHL. Si tous les établissements hospitaliers qui n'ont pas l'oeil bienveillant de Roselyne Bachelot devaient fermer, il n'en resterait plus beaucoup en service. Pourtant, une semaine plus tard, Guy Delcourt change radicalement de discours lors d'une visite au CHLet s'inscrit dans lemême propos rassurant que celui du directeur du Centre hospitalier lensois. On passe du pessimiste le plus noir à l'optimisme béat sans savoir ce qui a pu faire évoluer l'état d'esprit du maire de Lens.
L.62 : Cependant Guy Delcourt se dédouane en disant que sa déclaration avait pour but de susciter une réaction de Roselyne Bachelot. Qu'en pensez-vous ?
• J.M.H. : Peut être. Mais il va falloir autre chose pour obliger le gouvernement a abandonner sa politique de déconstruction de la santé pour tous. Une lecture attentive du projet Bachelot conduit à penser que, dans un contexte de sous-financement chronique des établissements - les deux tiers sont en déficit dont celui de Lens - il sʼagit, au motif de les remettre « à lʼéquilibre », de transformer radicalement leur mode de gestion en leur faisant endosser une logique purement marchande. Le titre I du projet prévoit que des « missions de service public » (permanences des soins, urgences, etc.) pourront être assurées par le secteur privé à but lucratif, avec des fonds publics. Les cliniques, selon toute probabilité, choisiront les activités quʼelles jugent les plus rentables.
L.62 : Il s'agira donc d'une gouvernance dʼentreprise pour lʼhôpital public ?
• J.M.H. : Le mode de gestion de lʼhôpital sera calqué sur celui de lʼentreprise privée. Il aura à sa tête un directeur au rôle de patron, doté des pouvoirs essentiels (nomination des personnels, ordination des dépenses et des recettes, politique sociale, organisation du travail, et pourra même mettre en oeuvre un intéressement aux résultats en guise de rémunération, comme dans le privé...). Pilotant un directoire, dont il nomme tous les membres, ce boss nʼest responsable que devant le directeur de lʼagence régionale de santé (ARS), nouvelle structure bureaucratique mise en place pour organiser le système. Remplaçant lʼactuel conseil dʼadministration, présidé par le maire de la commune, un conseil de surveillance est mis en place, sous lʼétroit contrôle du directeur de lʼARS. Autre innovation significative, le directeur pourra être recruté dans le privé. Et, au motif de rendre lʼhôpital plus « attractif », il aura toute latitude pour recruter des médecins libéraux, dont la rémunération comportera « des éléments variables en fonction dʼengagements particuliers et de la réalisation dʼobjectifs quantitatifs et qualitatifs ». Une manière dʼouvrir la voie au productivisme, à la course aux actes, et à la sélection des patients, selon des critères de rentabilité.Dans cettemême optique, lʼorganisation interne de lʼhôpital se décline en pôles, dirigés par des chefs nommés par le directeur qui leur fixe « des objectifs de résultats ». De même dans le but affiché de « favoriser les coopérations » est créée une nouvelle structure, la communauté hospitalière de territoire (CHT), qui pourra fédérer plusieurs établissements. Cette communauté pourra décider des transferts de compétences et dʼautorisations dʼactivités de soins et dʼéquipements, entre ses membres. En clair, la CHT sera lʼoutil idéal pour mettre en oeuvre restructurations et fermetures de sites jugés non rentables. En particulier, les reconversions des « petits » hôpitaux en structures dédiées aux personnes âgées et aux soins de rééducation, comme le réclame Mme Bachelot. Les seuls points positifs concernent les nouvelles dispositions prévues pour obtenir une meilleure régulation de lʼinstallation desmédecins (numerus clausus variable, par spécialité et par région, en fonction de la démographie et des besoins).Demême, le projet prévoit « de limiter les refus de soins » opposés par les médecins et les dentistes aux patients en CMU (la Sécu pourra prendre des sanctions financières). Par contre, il n'existe aucune mesure véritable contre les dépassements dʼhonoraires.
L.62 : Comment l'hôpital de Lens peut-il préserver ses moyens humains et ses compétences ?
• J.M.H. : Tout cela va dépendre essentiellement des décisions gouvernementales qui elles-mêmes tiendront compte de la mobilisation des personnels, des élus, des usagers. Déjà, j'ai demandé à Jean-Claude Danglot, sénateur du Pas-de-Calais d'interroger le gouvernement sur l'avenir du Centre hospitalier lensois et du devenir de ses différents services avec l'objectif demettre tous les intéressés autour de la même table. Mais au delà de Lens, il est clair que le problème est national. C'est la santé de tous qui est menacée. La Fédération hospitalière de France s'est livrée, il y a peu, à un calcul simple : combien l'hôpital devrait-il supprimer d'emplois dans chaque région pour revenir à l'équilibre budgétaire, sans dotation supplémentaire. La réponse donne le tournis : près de 20 000 au total. C'est pourquoi, le premier objectif de tous ceux qui sont attachés à un véritable système de santé publique est donc de prendre toutes les dispositions nécessaires pour arrêter cette saignée.