LIBERTE 62 - 1858 : OUVERTURE D’UN NOUVEAU CONTINENT …

Publié le par Liberté 62


1858 : OUVERTURE D’UN NOUVEAU CONTINENT …
 

Par A.C.

 

Lʼannée 2009 sera placée, pour les biologistes, sous le signe de Charles Darwin dont on célébrera le 200ème anniversaire de la naissance et le 150ème anniversaire de la parution de son oeuvre majeure“De lʼOrigine des Espèces...”. Pourtant lʼessentiel était dit un an plus tôt, en 1858. 

 

1ER JUILLET 1858, Charles Darwin et un jeune naturaliste Alfred Russel Wallace présentent une communication à la Société Linnéene* de Londres qui trace les grandes lignes de la théorie de la sélection naturelle comme moteur de lʼévolution. De nombreux scientifiques de cette époque étaient conscients de lʼexistence dʼune évolution, même si cette idée était en contradiction avec les croyances religieuses dominantes. La découverte de fossiles mettait en évidence lʼexistence de formes de vie qui avaient disparu. Quelle était la cause de cette disparition ?

Pour certains “le déluge”. Ceux-ci continuaient à penser que toutes les espèces étaient apparues en même temps. Pour dʼautres des raisons multiples et difficiles à cerner, toutefois ils distinguaient des caractères communs entre les espèces disparues et celles observées dans la nature.

 

Une lente maturation

 

Darwin travaillait sur sa théorie depuis 1837, peu après son retour du fameux Voyage sur le Beagle*. Le naturaliste, conscient du caractère novateur de ses théories, voulait non seulement classifier les variations remarquables quʼil avait observées, mais souhaitait aussi expliquer comment cela sʼétait passé. Il pensait quʼil lui faudrait publier une documentation exhaustive sur la sélection naturelle pour vaincre les résistances à cette nouvelle notion. Cʼest pourquoi, il avait planifié la réalisation dʼun ouvrage en plusieurs tomes pour convaincre les scientifiques et le grand public. Darwin travaillait encore sur son oeuvre majeure quand il reçut en juin 1858 une lettre dʼun naturaliste anglais travaillant en Malaisie.

 

Et Wallace est arrivé

 

Alfred Russel Wallace avait conçu lʼidée dʼune sélection naturelle à partir dʼobservations menées sur les oiseaux de paradis dans diverses îles de lʼarchipel malais. Jeune et impulsif, il nʼenvisageait pas de faire de ce travail lʼoeuvre de sa vie en dix volumes. Il écrivit juste un court article sur le sujet et lʼenvoya à lʼauteur de “Le Voyage sur le Beagle” en lui demandant sʼil voulait bien le présenter si lʼarticle lui semblait suffisamment intéressant.

On peut imaginer la surprise de Darwin qui travaillait depuis plus de 20 ans à peaufiner sa théorie de la voir exprimée en quelques pages sous la plume dʼun débutant…

Wallace avait suggéré à Darwin de montrer lʼarticle au géologue écossait Charles Lyell. Avec le botaniste anglais Joseph Hooker, Lyell était un des quelques proches à qui Darwin avait montré les esquisses et manuscrits de ses propres travaux sur la sélection naturelle. *

 

Des auteurs absents

 

Darwin écrivit à Lyell et Hooker qui sʼarrangèrent pour proposer en urgence la lecture dʼune communication commune lors de la réunion du 1er juillet 1858 de la Société Linnéenne de Londres. Ni Darwin, ni Wallace ne participèrent à cette réunion. Le secrétaire de la société donna lecture dʼun article de 18 pages comprenant 4 parties.

 

  1. La lettre dʼintroduction de Lyell et de Hooker expliquant les circonstances extraordinaires de la situation.
  2. Un résumé des travaux non publiés de Darwin dont un chapitre intitulé “Sur la Variation des êtres vivants à lʼétat naturel ; Sur les moyens naturels de la sélection ; Sur la comparaison avec la différenciation des races domestiques et des espèces naturelles”.
  3. Un résumé de la lettre de Darwin de 1847 sur le sujet adressée au botaniste Asa Gray de lʼUniversité de Harvard.
  4. Le manuscrit de Wallace“Sur la tendance des variétés à se différencier indéfiniment du type originel ”.

 

La communication ne fit pas sensation. Lue en fin de séance, après de nombreuses autres, on peut même dire quʼelle passa inaperçue. Le secrétaire de lʼassociation devait dʼailleurs déplorer la pauvreté en parution de qualité en cette année 1858 pour la Société !

 

La faute à Malthus

 

Les découvertes simultanées ne sont pas si rares en sciences ou en techniques. Darwin et Wallace reconnurent une source dʼinspiration commune dans lʼessai de Thomas Malthus “Population” paru en 1798. Dans cet ouvrage, oublié pendant quarante ans, lʼauteur affirmait que naît, dans chaque génération, un nombre dʼindividus plus grand que ce que le milieu peut nourrir. Selon lui, seuls les plus forts survivent.

Darwin avait lu Malthus en 1838. Il réalisa immédiatement comment cette théorie pouvait sʼappliquer à son propre travail en remplaçant la notion de force par celle dʼadaptation. Les observations quʼil mena ensuite dans les haras où la “sélection artificielle” était à lʼoeuvre le confirmèrent dans lʼidée que des caractères favorables pouvaient être conservés par les générations suivantes.

Wallace avait pris connaissance de Malthus vers 1846, mais il ne perçut lʼintérêt de cette théorie pour expliquer lʼévolution quʼune dizaine dʼannées plus tard dans les fièvres dʼune crise de malaria. “Ce fut pour moi comme un éclair : dans chaque génération, les plus faibles devaient inévitablement disparaître alors que les plus forts resteraient. Ce qui signifie que les mieux adaptés survivent”.

 

Un mécanisme inconnu

 

Sous la pression de ses amis, Darwin publia un résumé de ses travaux en un volume “Sur lʼorigine des espèces par les moyens de la sélection naturelle ou de la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie”, en 1859. Ceci produit un choc intellectuel et culturel considérable dont lʼonde nous touche encore comme en témoigne lʼoffensive renouvelée des créationistes aux Etats-Unis et aujourdʼhui en France.

Cependant, Darwin et Wallace reconnaissaient tous deux quʼils ne savaient pas quel mécanisme était à lʼoeuvre pour permettre la survie des “meilleurs” dʼune génération. Surtout, ils ne savaient pas comment cet avantage pouvait se transmettre aux générations suivantes. Ils ne pouvaient que constater le fait sans lui fournir dʼexplication. Cʼest cette absence dʼexplication du “comment ” qui explique sans doute la poursuite dʼune accumulation dʼétudes de cas par Darwin dans tous ses ouvrages, chaque cas étant destiné à confirmer la théorie ou à lʼillustrer.

 

Le moine jardinier

 

Pourtant, deux ans avant la publication de lʼarticle de Darwin et Wallace, un moine autrichien du nom de Gregor Mendel avait commencé un travail consistant à croiser des variétés de petits pois. Il découvrit la structure et lʼimportance des recombinaisons entre caractères récessifs et dominants et expliqua comment ces caractères passaient les générations. Mendel présenta ses conclusions dans son article “Expérimentation sur lʼhybridation des végétaux”, publié en 1865.

Mais les travaux de Mendel passèrent totalement inaperçus.

Cʼest seulement en 1900, dans une série de publications presque simultanées de trois botanistes européens que les travaux de Mendel furent redécouverts avec leur application au mécanisme que Darwin et Wallace recherchaient. Une nouvelle ère sʼouvrait alors avec la génétique et le “néodarwinisme ” comme explication à lʼévolution.

Aujourdʼhui, la toute puissance du gène pour expliquer lʼévolution liée au hasard et à la nécessité commence à nouveau à faire débat. Lʼinteraction gène-environnement semble plus complexe que ne lʼa affirmé la génétique pendant des décennies. Une nouvelle page de la recherche semble devoir advenir dans lʼunivers de la biologie moderne ouvert par Darwin et Wallace voici 150 ans.

 

      Société linnéenne de Londres La Société linnéenne de Londres ou Linnean Society of London est une société savante dédiée à lʼétude et à la diffusion de la taxinomie. La Société linnéenne de Londres est fondée en 1788 et tire son nom du naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778). Son siège est situé à Burlington House, Piccadilly, Londres.

 

       Le Voyage du Beagle "Le Voyage du Beagle", écrit par Charles Darwin est publié en 1839. Le titre se réfère à la seconde mission d'exploration du Beagle sous le commandement du capitaine Robert FitzRoy. Le navire quitta le port le 27 décembre 1831. L'expédition prévue initialement pour deux ans en dura finalement presque cinq, le Beagle ne rentra que le 2 octobre 1836. Darwin passa la plupart de son temps hors du bateau, 3 ans et 3 mois à explorer les terres accostées, 18 mois en mer. 

 

CHARLES ROBERT DARWIN (12 février 1809 ― 19 avril 1882) est un naturaliste anglais dont les travaux et les théories sur l'évolution des espèces vivantes ont profondément révolutionné la biologie. Après avoir acquis la célébrité parmi les scientifiques pour son travail sur le terrain et ses recherches en géologie, il a apporté l'hypothèse que toutes les espèces vivantes ont évolué au cours du temps grâce au processus de sélection naturelle. Il a vu de son vivant la théorie de l'évolution acceptée par la communauté scientifique et le grand public, alors que sa théorie sur la sélection naturelle a dû attendre les années 1930 pour être généralement considérée comme l'explication essentielle du processus d'évolution. Au XXe siècle, elle constitue la base de la théorie moderne de l'évolution. Sous une forme modifiée, la découverte scientifique de Darwin reste le fondement de la biologie, car elle explique de façon logique et unifiée la diversité de la vie.

 

ALFRED RUSSEL WALLACE (8 janvier 1823 - 7 novembre 1913) est un naturaliste, géographe, explorateur, anthropologue et biologiste britannique. Il est le co-découvreur de la théorie de l'évolution par la sélection naturelle avec Charles Darwin. Il fit tout d'abord d'amples recherches sur le bassin fluvial de l'Amazone, puis dans l'archipel Malais où il identifia la ligne séparant la faune australienne de celle de l'Asie, qui fut appelée “ligne Wallace” en sa mémoire. Cependant, il est plus connu pour avoir proposé une théorie sur la sélection naturelle qui a incité Charles Darwin à publier sa propre théorie plus tôt que prévu. Wallace fut également l'un des principaux penseurs évolutionnistes du XIXe siècle, contribuant au développement de la théorie de l'évolution grâce notamment au concept de couleurs d'avertissement chez les animaux ou à celui d'effet Wallace. Il est aussi considéré comme un expert en matière de répartition géographique des espèces animales et est parfois appelé le “père de la biogéographie”. Wallace fut aussi un homme engagé dans son temps. Partisan du socialiste utopiste Owen dans sa jeunesse. Converti au spiritualisme, il nʼen redevint pas moins un soutien des idées socialistes et du Labour dès les années 1880. Ces idées lʼamenèrent à être un des premiers scientifiques à réfléchir sur les conséquences des activités humaines sur lʼenvironnement .

 

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Publié dans Sciences et techniques

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