LIBERTE 62 - BARACK OBAMA : LE DÉSAVEU DE LA POLITIQUE DE G.W. BUSH

Publié le par Liberté 62

 

ÉLECTIONS AMÉRICAINES

LA VICTOIRE DE BARACK OBAMA : LE DÉSAVEU DE LA POLITIQUE DE G.W. BUSH

 

Les sondages n'ont pas menti : Barack Obama a été élu le 5 novembre dernier, 44e président des États-Unis avec une confortable avance. 

 

IL été élu sur le thème du changement, un changement souhaité par les Américains qui imputaient à l'administration de G.W. Bush, la situation économique et sociale désastreuse du pays ainsi que l'image détestable des États-Unis dans le monde.

Mardi soir, la victoire de Barack Obama a été célébrée dans la liesse dans les grandes villes américaines, à New York, à Chicago.

À Chigago, ville où réside Obama, dans l'Illinois où il a été élu sénateur, une foule immense (unmillion de personnes) s'était rassemblée pour célébrer la victoire, une foule enthousiaste, émue jusqu'aux larmes qui proclamait son espoir de changement. Le nouveau président, dans son discours, insistait sur le rassemblement des Américains, sur l'unité, unité politique, unité de toutes les composantes raciales du peuple américain, unité dans la diversité. Un discours très consensuel qui, dès le début de la campagne électorale avait créé la popularité d'Obama.

Ailleurs, notamment en Europe occidentale, on insiste sur le symbole du renouveau de l'Amérique, de la volonté de changement. Un noir élu président des États-Unis, un pays qui n'a accordé le droit de vote aux noirs qu'en 1965. Au delà du symbole, au delà de la personnalité d'Obama, il faut bien constater que le 5 novembre 2008 est une victoire démocrate : le congrès qui était renouvelé en même temps est à majorité démocrate, majorité que les démocrates avaient déjà à la chambre des représentants et qu'ils obtiennent au Sénat.

Rejetant la politique républicaine, les électeurs américains se sont tournés vers les démocrates, ce qui n'enlève rien au succès personnel d'Obama.

 

Les résultats : une victoire personnelle et une victoire démocrate

 

 Le taux de participation a été particulièrement élevé soit 64% alors que souvent il était inférieur à 50%. Cela prouve l'intérêt des électeurs américains et l'importance accordée à cet enjeu.

On ne sait rien du score du 3ème candidat indépendant Ralph Nader. Barack Obama aurait obtenu plus de 62 millions de voix soit 52,3% et Mac Caine plus de 55 millions soit 46,4%. Le vote des électeurs se répartit ainsi : 56% des femmes ont voté Obama alors que seulement 49% des hommes ont voté pour lui.

L'électorat blanc a voté à 55% pour MacCaine, les ouvriers blancs à 58% ont préféré Mac Caine.

Les minorités ont voté enmasse pour Obama : les 2/3 de l'électorat hispanique et 95% des noirs. L'électorat noir a participé massivement à l'élection, il constitue le 1/4 des votants (13%de la population des États-Unis est constitué de noirs).

L'électorat jeune a voté Obama : 66% des 18-29 ans et 53%des 30-44 ans. En revanche, les plus de 65 ans ont voté à 53% pour Mac Caine.

Enfin, il est à remarquer que 7 États qui avaient voté pour G.W. Bush ont voté Obama dont la Floride et la Virginie traditionnellement républicains.

Obama grâce au mode de scrutin a obtenu le vote de 349 grands électeurs et Mac Caine 163, le mode de scrutin amplifiant l'écart entre les deux candidats.

Ces résultats s'expliquent par la crainte des Américains devant l'ampleur de la crise économique, plus encore que par la guerre en Irak. Si G.W. Bush avait gagné sur les questions de sécurité, Obama a gagné sur la peur de l'insécurité sociale.

Cela dit, les changements démographiques et géographiques survenus dans l'électorat expliquent aussi ces résultats.

En effet, l'exode de population à partir des grandes métropoles du Nord et au Nord-Est vers le Sud et vers l'Ouest tend à gonfler le vote démocrate dans ces états d'où le basculement de l'électorat.

Par ailleurs, le poids de la minorité hispanique désormais la plus importante du pays (15%) favorise les démocrates d'autant que les campagnes républicaines contre l'immigration et la construction du mur frontalier avec le Mexique ont incité les hispaniques à voter démocrate. Or ils sont surtout présents dans les États du sud et en Californie.

L'électorat américain a été rajeuni par les flux d'immigration depuis 1990 et l'électorat jeune des 18- 30 ans est plus diversifié : 1/3 est issu des minorités. Ces jeunes tendent à participer davantage aux élections.

Le vote en faveur d'Obama et des démocrates résulte donc d'une évolution. Lors du vote à la Chambre des représentants à mi-mandat en 2006, les démocrates jusqu'alors minoritaires sont devenus majoritaires. Et si les projecteurs sont mis sur l'élection présidentielle, il ne faut pas oublier qu'en même temps avaient lieu les élections pour le renouvellement de la Chambre des représentants, d'un tiers du Sénat et de 11 gouverneurs. Dans ces trois élections, les démocrates sont gagnants.

Ils gardent la majorité acquise en 2006 à la Chambre des représentants obtenant 253 sièges contre 173. Ils sont désormais 56 sénateurs démocrates contre 41 Républi-cains et peuvent ainsi se passer du vote des trois indépendants.

Sur les 11 gouverneurs renouvelables, ils en obtiennent 7 en en gagnant un sur les républicains. Il s'agit donc d'un retournement de tendance, déjà perceptible en ce qui concerne l'électorat jeune en 2004 (55% avaient voté pour J. Kerry) et plus net en 2006 : les deux dernières années de la présidence Bush ayant été particulièrement calamiteuses, le succès démocrate, sinon celui d'Obama était prévisible.

 

Les réactions internationales

 

Bien entendu, Obama a reçu les félicitations de nombreux chefs d'État. Faut-il donner crédit aux médias qui affirment que l'élection d'Obama soulève l'enthousiasme dans le monde entier ?

Que l'élection d'Obama réjouisse les Kenyans, sans doute, compte tenu des origines du nouveau président. Mais ailleurs en Afrique, c'est douteux. Les Africains ont des problèmes quotidiens concrets, qui les éloignent des considérations internationales et des symboles.

La situation ne doit guère être différente en Asie. En Europe, l'enthousiasme ne touche qu'une frange de la population et passionne sentant les médias. Certes en France, le succès d'Obama rencontré dans les banlieues parisiennes existe. Sans doute les Antilles et notamment les Antilles françaises appelaient de leurs voeux la victoire d'Obama.

Mais Obama est devenu président des États-Unis et non de la planète. Il est intéressant de relever l'attitude de quelques chefs d'État.

Les Européens et principalement Gordon Brown saluent la victoire d'Obama. Au nom de l'Union européenne, le président de la Commission européenne J.M. Barosso appelle à un New deal entre les États-Unis et l'Europe pour la stabilité financière, les échanges et le réchauffement climatique.

Le 15 novembre aura lieu la réunion du G20 pour examiner la situation économique mondiale. L'Union européenne espère que les États-Unis (G.W. Bush est toujours président mais il a accepté la présence des conseillers d'Obama) accepteront leurs propositions de régulation. On peut penser que les États-Unis voudront surtout sauver leur hégémonie et faire peser le poids de la crise sur d'autres, y compris les Européens.

C'est d'ailleurs ce que pensent les Russes. Lors de la fête de l'unité du 5 novembre (remplaçant celle du 7 novembre de la Révolution d'Octobre), Medvedev a souligné la responsabilité des États-Unis dans le déclenchement de la crise qui affecte ainsi le monde entier et demandé plus de responsabilité de la part du gouvernement américain. Et s'il espère un esprit de coopération d'Obama qu'il félicite, il s'oppose à la politique agressive des États-Unis en annonçant l'installation de missiles dans l'enclave de Kaliningrad et la mise en place d'un système de brouillage contre le bouclier anti-missile américain en Pologne.

Le gouvernement chinois a félicité Obama et souhaité une coopération fructueuse. Mais les Chinois n'ignorent pas les campagnes anti-chinoises menées aux États-Unis (produits chinois sur le marché américain et déficit commercial américain à l'égard de la Chine de 200 milliards de dollars par an). Le développement de la crise pourrait accentuer le courant sinophobe dans l'opinion et au congrès.

Enfin,Obama a toujours à faire face à deux guerres, Irak etAfghanistan, à la tension avec l'Iran et au renouveau de la tension avec la Syrie après le bombardement de l'aviation américaine. Iran et Syrie sont restés circonspects sur l'élection américaine, de même que la plupart des pays arabes.

 

Obama tiendra-t-il ses promesses ?

 

Obama a mené toute sa campagne électorale sur le thème du changement. Dans son discours du 4 novembre, devant les milliers d'Américains rassemblés à Chigago, il a dit que le chemin du changement était difficile et escarpé et qu'il ne faudrait pas attendre de résultats avant un an et peut être après une mandature.

Ceux qui espèrent résoudre le problème de leur logement qu'ils ne peuvent payer, ceux qui n'ont pas de couverture médicale risquent d'être déçus.

Ceux qui espéraient le retour des soldats d'Irak devront attendre 16 mois, à moins que ces mêmes soldats soient envoyés rejoindre les 30.000 qui sont enAfghanistan (Obama envisage d'envoyer 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan).

Dans l'enthousiasme de l'élection, les médias français nous parlent de l'avènement d'unmonde de paix et de dialogue. C'est aux peuples d'en décider.  

 

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Publié dans Monde

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