DE LA POLITIQUE CHARBONNIERE DE 1947 A LA LIQUIDATION PROGRESSIVE

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Liberté 62
n°790 - Le 4 Janvier 2008-4 -Evénement   
 
 1ER JANVIER 2008, À OH00, LA FIN DE “CHARBONNAGES DE FRANCE”
De la politique charbonnière de 1947 à une liquidation progressive
 Par Pierre Pirierros  
 
 
 
 1ER janvier 2008, à 0H00, CDF disparaît, la dette (2,4 milliards d’euros) est transféré à l’État. La loi du 17 mai 1946 créait un organisme central, “Charbonnages de France”, chargé de la coordination des différentes Houillères de Bassin. Cette réorganisation donne un statut unique pour toute la corporation “Le statut du mineur” et la Sécurité sociale minière. CDF disparaît, donc, mais absolument pas les luttes et la mémoire de générations d’hommes et de femmes qui ont tout donné pour leur métier et la défense énergétique du pays. À la Libération, la CGT prend une place prépondérante dans tout le Bassin du Nord et du Pas-de- Calais. Henri Martel est chargé d’un exposé précis sur la nationalisation. La bataille du charbon bat son plein. Le charbon est le “pain” de l’industrie. Pour tout le Nord/Pas-de-Calais, “CDF” est plus qu’un sigle, c’est la mise en place de toutes les politiques charbonnières, dès 1946, jusqu’à la fermeture du dernier puits dans notre région en décembre 1990, à Oignies. La grande bataille du charbon était l’épicentre de toute une corporation, luttant pied à pied, pour son devenir et l’amélioration de ses conditions de travail.
 
 Écrire l’histoire du Charbon
 
C’est écrire l’histoire des régions industrielles. Cette trame se passe dans notre région. Le champ industriel et le champ social sont intimement liés, c’est un cousinage intense fait d’avancées et de ruptures, d’autonomie et d’interdépendance. Mémoire individuelle et mémoire collective s’entrechoquent pour n’en faire plus qu’une ; elles mettent l’homme au coeur de l’action ; l’homme, le citoyen, le travailleur, sont dans une même logique, celle de transmission d’un message, adressé à tout à chacun et délivré pour toutes les générations.
 Le registre de la mémoire et des représentations collectives recèle encore des enjeux très importants. Et la part du charbon dans la production d'électricité ? Elle a diminué, passant de 30% en 1960 à 15% en 1985. Première source d'énergie pour fabriquer de l'électricité (40% de la production), loin devant le gaz (20%) et le pétrole (7%), le charbon est de plus en plus demandé...mais l'extraction coûte cher, trop cher. Moins cher que le gaz ou le pétrole, dont les prix flambent, le charbon est également "un peu moins cher que le nucléaire" hors émissions de CO2, selon l'Agence internationale de l'énergie.
Le charbon est plus facile à transporter que le gaz et plus abondant : le monde dispose de 40 ans de réserves en pétrole, 60 ans en gaz et 165 ans en charbon. Dans de nombreux pays, le charbon suscite l'intérêt ; dans notre pays, la page est tournée depuis longtemps et la fin de "CDF" en est le dernier avatar d'une très longue histoire, commencée en 1720 du côté de Fresnes-sur-Escaut.
 
La Nationalisation en 1946
 
Le 16 janvier 1945, les mineurs de notre région signent une convention allant dans le sens de la nationalisation. Auguste Lecoeur, membre du gouvernement, secrétaire d’État à la production charbonnière, prend la parole, es qualité, au congrès de février 1946, à Montceau-les-Mines. En 1946, l’Assemblée Nationale vote à main levée la nationalisation des houillères.
La loi du 17 mai 1946 crée un organisme central, Charbonnages de France”, chargé de la coordination des différentes Houillères de Bassin. Cette réorganisation donne un statut unique pour toute la corporation “Le statut du mineur” et la Sécurité sociale minière. En mai 1947, la droite chasse les communistes du gouvernement. La France est dans les années du Plan Marshall. Tout cela est contraire à l’esprit de la Résistance. Les syndicalistes mineurs de la CGT allaient prendre part, d’une façon importante, dans le combat politique au Parti communiste. De nombreux délégués furent élus maires dans les communes du Bassin minier. “Les mineurs ont dit non à la défaite et aux cendres”, ces paroles de Paul Éluard résonneront très fortement durant les grèves de 1948. Ce fut un tournant dans un contexte politique très difficile. En 1951, la CECA (communauté européenne du charbon et de l’acier, ancêtre de l’Europe, en tant qu’entité politique) devait peser lourdement sur l’abandon successif de la filière charbonnière en France. Les grèves de 1963 ont eu un retentissement profond dans tout le pays, les mineurs firent grève six semaines et mirent De Gaulle en échec, notamment, sur la réquisition. Ils gagnent au sortir de cette grève de mars-avril de conséquentes augmentations de salaires.   
 
Liberté 62 n°790 - Le 4 Janvier 2008 - 5 – Evénement 
 
 
La lutte contre la silicose est constante
Par Pierre Pirierros  
 
  2002 : liquidation des cockeries de Drocourt   
 
La silicose
 
La lutte contre la silicose est constante. C’est, donc, un dossier difficile que les syndicalistes suivent avec attention et pèsent de tout leur poids pour faire reconnaître cette maladie professionnelle alors que des dérives bureaucratiques constituent un “parcours” infernal pour le mineur et sa famille.
Les procédures de recours en cas de rejet sont lourdes, souvent rebutantes et injustes. La maladie est évolutive et se déclare bien des années après la fin de l’activité. La société de sécurité sociale minière est juge et partie et les témoignages sur l’attitude d’un médecin, d’un expert attestent de cette réalité. Les dépistages se poursuivent et on en compte pour 2006, 18000 et déjà 1500 “cas” ont été reconnus, ce qui montre bien les dangers de cette maladie évolutive professionnelle. Les médecins traitants doivent pouvoir assumer leur rôle et responsabilité jusqu'au terme du dossier, y compris dans les décisions du médecin- conseil. Le suivi médical des victimes, amélioré, doit être placé en situation d'indépendance médicale absolue.
 
 Transformer le grisou en gaz
 
Filiale spécialisée dans l'exploitation du gaz de mine, Gazonor a repris, en mai 2007, les activités de Méthamine, s'assurant ainsi la maîtrise entière de la valorisation du gaz de mine dans le Nord Pasde- Calais. Le cadre de la revente de Gazonor est lancé. Gazonor est titulaire de deux concessions sur trois sites, qui produisent 500 GWh par an de gaz de mine. Détenu par Charbonnages de France et Gaz de France, le groupement d’intérêt économique “Méthamine” exploitait le site d'Avion où est réalisée 80 % de la production qui est injectée dans le réseau de gaz naturel. En reprenant les actifs de Méthamine, Gazonor est devenu l'unique propriétaire des installations locales et s'assure de la maîtrise entière de l'activité de captage et de valorisation du gaz de mine dans la région.
 Les élus communistes entendent défendre le caractère public de Gazonor avec les conséquences directes que cela entraîne. Jean- Claude Danglot, sénateur, Jacky Hénin, député européen et Alain Bocquet, député, interpellent le président de la République.
 
L’Énergie au service de l’homme, pas de la finance
 
Pour Henri Tobo, syndicaliste CGT d’EDF-GDF, “la cession au privé et à une société australienne est une totale aberration. Cela fait longtemps que je suis concerné par ce dossier et mis en garde la société Gazonor devant une telle attitude. Une assemblée-débat avec la section du PCF et Jacques Robitail, le maire de la ville d’Avion a été organisée, au printemps dernier. Loin de toutes les surenchères, la propriété publique doit être garantie ainsi que la mission de service public. Charbonnages de France a toujours essayé de diviser les anciens mineurs ; aujourd’hui, Méthamine est passé de CDF et à GDF à Gazonor, le relais de la privatisation est, malheureusement, en cours. C’est inadmissible. Dans une période où sont révélées les fractures profondes de la société française, l’heure est à plus et mieux de service public, à plus et mieux de droits sociaux et d’emplois stables. Cette politique va à l’encontre de l'intérêt général de la société, du bien-être des populations, des considérations de sécurité, d'environnement, de renouvellement des ressources et d'aménagement du territoire. La pompe à fric est en marche !”
 
 
 
 
Une dette de 2,4 milliards d'euros
 
 La dette de Charbonnages de France que l'Etat reprend lors de la dissolution de l'entreprise le 31 décembre, s'élève à 2,4 milliards d'euros. Cette dette et le patrimoine qui n'aura pas été cédé ou qui sert à sécuriser les derniers sites miniers seront "transférés en bloc à l'Etat", au plus tard le 31 janvier. S'ajoutera pour l'Etat la charge des prestations liées au statut des mineurs jusqu'en 2050, gérées par l'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs. En outre, le décret qui prononcera la dissolution des Charbonnages créera une "cellule de liquidation" chargée de gérer et de vendre les derniers actifs des Charbonnages. Le groupe public détient encore 16,25% du capital d'Endesa France (ex-Snet, Société nationale d'électricité et de thermique) et 100% de Sofirem (Société financière pour favoriser l'industrialisation des régions minières), chargé de la reconversion des régions minières, et de Gazonor, chargé d'exploiter le gaz des anciennes mines du Nord- Pas-de-Calais. Le devenir de la part de Charbonnages dans Endesa France est lié au rachat du groupe espagnol d'énergie Endesa par le groupe espagnol de BTP Acciona et le groupe italien d'énergie Enel. Dans le cadre de ce rachat, les 65% d'Endesa France détenus par Endesa doivent revenir à l'allemand EON au premier trimestre 2008. Mais rien n'a été décidé à propos des 35% restants, détenus par EDF (18,75%) et Charbonnages (16,25%), qui veulent vendre ensemble leurs parts.  
 
 Repères chronologiques
 
 - 1720 : Découverte de charbon maigre à Fresnes sur Escaut
- 1734 : Découverte de charbon gras au pavé de Condé à Anzin.
- 1783 : Création de l'Ecole royale des mines.
 - 1946 : vote de la loi de nationalisation des mines.
 - 1947 : La production atteint 45,4 millions de tonnes. Les Houillères emploient quelque 360.000 salariés.
 - 1948 : Grève de deux mois sur des questions sociales.
- 1967 : Création de la Sofirem, première société de conversion destinée à faciliter le reclassement de mineurs.
- 1968 : Annonce du plan "Bettencourt" de réduction de la production.
 - 1974 : Coup de poussier à Liévin : 42 morts.
- 1983 : Le virage du déclin du charbon est définitivement pris. Les mineurs ne sont plus que 56.000. - 1984 : Arrêt de l'embauche chez CdF.
- 1990 : Arrêt de l'extraction dans le Nord-Pas-de-Calais.
- 1994 : Signature du "Pacte charbonnier national"
 - 2003 : Fermetures des mines de Merlebach, en Moselle et de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône - 2004 : Fermeture de la dernière mine : La Houve à Creutzwald, en Moselle.
 
 
 
 
 
 
 
 
Liberté 62 n°790 - Le 4 Janvier 2008 – 6- Evénement  
 
 Le 27 décembre 1974 42 mineurs trouvaient la mort au puits 3 de Lens, à Liévin
 
 Par Pierre Pirierros   
 
Une catastrophe n'arrive jamais par hasard. Le 27 décembre 1974 au puits 3 de Lens à Liévin, 42 mineurs mouraient au travail. Le coup de grisou suivi d'un coup de poussières leur fut fatal. Un peu plus de dix ans après, un drame similaire frappait la Lorraine, le 25 février 1985, au puits Simon à Forbach et faisait 22 morts. La mine tue encore, aujourd'hui, dans de nombreux bassins miniers, en Chine, en Russie, en Ukraine, au Chili. La liste des catastrophes semble coller à jamais à une corporation qui donne le meilleur d'elle-même pour extraire le charbon, source inégalée d'énergie première. À Liévin, en cet hiver 1974, les jours qui ont suivi le terrible drame de la fosse 3 ont été marqués par une couverture médiatique importante. Elle fut exemplaire pour la presse communiste. Dans notre région, «Liberté», le quotidien régional du PCF, allait consacrer des pages entières avec des éditoriaux marquants. «La fatalité», cela n'existe pas», pouvait-on lire le 29 décembre 1974. Et «Liberté» de poursuivre la réflexion précise sur le développement des sciences et des techniques et leur application dans le domaine industriel. Le quotidien communiste régional reprenait des accents de véritable colère, sous la plume de Jean- René Desage, à propos de l'impertinente interrogation sur les profits réalisés sur le dos des mineurs de fond : «chacun admet aujourd'hui l'urgence pour le pays de disposer de toutes ses richesses. Le bon sens appelle à inverser l'ordre des priorités qui régit nos sociétés». Le 27 décembre 1974, c'était - peut-être hier - mais le présent le partage encore à ces heures tragiques qu'a vécu le Bassin minier du Pas-de- Calais.

 
Coup de grisou
 
À Douai, au siège social des HBNPC, rue des Minimes, cadres et direction faisaient le dos rond et indiquaient dans un communiqué laconique les «circonstances» de la catastrophe. Dans ce quartier, appelé Six Sillons étaient occupés, deux jours après Noël, des mineurs à l'équipement d'un chantier d'abattage dont l'exploitation devait débuter prochainement. Ce «prochainement» allait avoir une issue positive puisque dans l'année qui suivit le quartier en question finissait d'être exploité. L'Histoire retiendra aussi qu'on enleva de la paye du mois de décembre 1974, les trois jours qui manquèrent au tableau horaire. Ce 27 décembre 1974, à un peu plus de 6 heures du matin, ce fut un coup de grisou, qui s'explique par l'explosion de méthane que l'on trouve à l'état naturel dans la plupart des types de charbon. Cette catastrophe nous revient, comme un boomerang, à la veille du 33ème anniversaire. Trente trois ans après la lecture des innombrables articles, commentaires, analyses, réactions syndicales, politiques, reste marquée par la brutalité des faits. Et Raymond Dumont, alors secrétaire de la fédération du PCF du Pasde- Calais, soulignait «la politique de liquidation des Houillères n'a pas incité - c'est le moins que l'on puisse dire - à la nécessaire transformation des conditions de travail et de sécurité du métier de mineur, un métier dont certains s'aperçoivent aujourd'hui qu'il demeure utile à la vie de la nation». L'injustice, la culpabilité, le silence, vivre malgré tout, lors des funérailles, le mardi 31 décembre, toute la population écoute attentivement les paroles du délégué François Cerjak qui parlait au nom de tous les syndicats.
 
 
 
Communion de pensée
 
 Le 2 janvier 1975, «Liberté» notait «la foule était tenue à distance mais proche par le coeur dans une même communion de pensée, de peine profonde, sincère». Les morts de Liévin, les morts de Courrières, les morts de Forbach, font partie de notre mémoire collective. La longue enquête allait déboucher sur un procès qui dura trois semaines au tribunal de Béthune et l'impunité des principaux dirigeants des Houillères du Nord et du Pas-de-Calais. Mais, cette mémoire, qui traverse les années, demeure intacte. On n'en a jamais fini avec le souvenir tant les liens fraternels qui nous unissent à toute la corporation minière comportent cette élémentaire affection. Elle est toujours réelle. La disparition de “CDF” n’y changera rien. La vision que l’on a de la vie dans le Bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais est celle là. Cette vie qui embrasse toute une région, toutes une corporation, toute une population. Deux mondes se juxtaposent et s’opposent, les compagnies minières, puis les HBNPC, et ceux qu’elles exploitent. C'est, à l'évidence, la vie elle-même qui modifie les conditions du combat, détermine les tactiques, force à aller de l’avant.  
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