LIBERTE 62 - RENCONTRE DEBAT DU PCF SAUVEGARDER L'INDUSTRIE REGIONALE
Rencontre-Débat du PCF
sur l’Automobile à Lewarde :
Sauvegarder l'industrie régionale au cœur des interventions
"À Toyota, nous travaillons 3H30 par jour
pour l’actionnaire"
Au micro, Philippe Nalewajek (Wagon Automotive)
Les fédérations du Nord et du Pas-de-Calais du PCF, ses élus, en organisant une rencontre avec des syndicalistes de l’Automobile ont engagé un débat de fond à un moment où le chômage partiel touche tout un secteur, précédé par des coupes drastiques de personnels et notamment des intérimaires. Alain Bruneel, maire de Lewarde, qui accueillait, en la salle des frères Martel, cette réunion, le 14 novembre dernier, ne pouvait que se féliciter du nombre important de participants, près de 80 personnes venues des quatre coins de la région, signe évident de l’influence des communistes et de leurs propositions pour l’industrie. Jean-Jacques Candelier, député, souligne le bien fondé d’une résistance à l’heure où les constructeurs font appel au gouvernement pour parer au plus pressé et savent que les 360 milliards d’euros “donnés” aux banques peuvent leur être utiles, non pas pour l’emploi mais pour conforter leur politique de rentabilité.
Tout cela amène élus, syndicalistes, responsables d’organisations d’unités locales à préparer la riposte devant tous les mauvais coups qui tombent et qui vont tomber. Sous quelles formes ? L’échange est le meilleur moyen de construire la mobilisation. Il s’agit d’organiser le rassemblement de riposte au patronat le plus large possible. Chacun avec ses idées et ses différences.
Éric Corbeau, secrétaire de la fédération du Nord, conseiller régional ; Jean-Claude Danglot, sénateur ; Alain Groisne, secrétaire de la section de Somain ; Hervé Poly, Bertrand Péricaud, représentaient la fédération du Pas-de-Calais.
L’Automobile est un secteur vital essentiel de l’économie du Nord/Pas-de-Calais. C’est le premier employeur puisque l’ensemble de la filière, des constructeurs jusqu’aux sous-traitants, fait appel à quelques 55.000 salariés dont environ 23.000 sur les 7 sites de constructeurs : Renault, PSA, Toyota. L’aveu est terrible. Le PCF propose des pistes de réflexion sur “le meilleur outil de lutte à développer” pour sauvegarder l’industrie régionale.
“Cet acquis du monde du travail et de notre population, qui s’étaient mobilisés pour préserver la vocation industrielle de la région, les savoir-faire et l’emploi de dizaines de milliers de salariés, est très fortement ébranlé par le plan de restructuration dans l’Automobile et par les dangers supplémentaires qu’il fait peser sur toute cette industrie.” C’est en ces termes qu’Alain Bocquet, député, avait demandé dès le début septembre la tenue d’une table ronde avec les services du Premier ministre pour préserver la pérennité des activités des équipementiers et des constructeurs. Après ces brefs rappels, bon nombre de syndicalistes ont saisi l'occasion pour s’exprimer et dire combien la finance, l’économie, la technique sont intimement liées dans un contexte de répartition des commandes. Ces mesures entraînent déjà une dégradation des conditions de travail et la mise en place d’une véritable épée de Damoclès sur la tête des salariés. Les périodes de chômage partiel à répétition ne sont qu’une partie de l’iceberg. “La situation est catastrophique, dira Jean-Pierre Delannoy (USTM) les pertes de salaires, de pouvoir d’achat, les postes de travail, sont en diminution constante. MCA Maubeuge tourne au ralenti. Sevelnord connaît d’énormes difficultés dans le véhicule utilitaire et Renault-Douai va arrêter un mois complet dès le mois de décembre. L’argent va à l’argent pas aux salariés.”
Les interventions des syndicalistes ne pouvaient faire l’impasse sur l’arrêt des fours d’Arcelor-Mittal. En reprenant Arcelor en 2006, Mittal commençait ses grandes manoeuvres. L’entité Arcelor-Mittal, premier groupe mondial de l’acier regroupe 320 000 salariés. Aujourd’hui, les prix de l’acier de Mittal entraînent les industries automobiles à une concurrence exacerbée mais, en définitive, c’est une fausse concurrence. C’est ce géant de l’acier qui fixe les prix...
Pente dangereuse
Philippe Nalewajek (Wagon Automotive-Douai), est syndicaliste CGT dans une entreprise où le management est mis à mal par la direction d’un groupe américain. “Nous étions il n’y a pas si longtemps 750 en CDI et 250 intérimaires. Aujourd’hui, nous sommes à peine 600 et aucun intérimaire. La pente est dangereuse. Nous subissons et nous allons subir sept jours de chômage par mois jusque fin mars avec 40% des chutes de l’activité. Voilà comment le patronat nous cache bien des choses pour l’avenir. Comment allons-nous rebondir dans quelques mois ? La charte de l’Automobile proposée par Jacky Hénin, député européen, contient des éléments intéressants et une “autre utilisation de l’argent” mais il faut la réactualiser”.
Intervenant dans cette rencontre, le député communiste européen observa que ce débat prend appui sur les aspérités du marché, sur les impacts de ce secteur industriel sur l’emploi et sur les revendications fondamentales des salariés de cette branche. L’Europe représente 34% de la production mondiale d’automobiles, avec dix millions de salariés soit 7% des effectifs de l’industrie. Pour le Nord/Pas-de-Calais, ce sont plus de 55 000 personnes qui travaillent dans ce secteur, cela représente 20% des effectifs industriels de la région, c’est dire l’importance et tout l’enjeu d’un tel débat alors que la compétitivité fait rage de toutes parts.
L’Automobile est devenue le premier employeur dans le Nord/Pas-de-Calais : “L’enjeu est énorme, à nous de le défendre et de construire, ensemble, la meilleure des ripostes face aux restructurations et aux licenciements ! Il n’y a plus de politique industrielle ; l’habillage de fausses créations quant aux postes de travail est insupportable.”
Michel Mortier et Régis Schnerarts (CGT, Française de Mécanique, Douvrin), soulignent la baisse constante des effectifs : “3600, aujourd’hui contre plus de 5000 en 2003, à la veille de la fermeture de la fonderie qui employait à elle seule 984 salariés. L’envergure et l’historique de l’entreprise nous renseignent beaucoup sur la décision des constructeurs Renault et PSA à imposer des règles non incitatives pour l’emploi. Le chômage partiel, à partir du 15 décembre, va affecter tous les postes de travail.”
Libertés syndicales
Les libertés syndicales sont un autre volet de la situation sociale chez les équipementiers automobiles. Au-delà du licenciement même, c’est toute la lutte contre la casse de l’emploi qui est à mettre en évidence, car le délégué cégétiste d’Hawker, Serge Piedplat, licencié aujourd’hui s’est battu dans son entreprise depuis 18 ans pour le maintien de l’emploi, pour les salaires et l’amélioration des conditions de travail. 18 ans de combat, dit la CGT, sans avertissement, sans faute, sans aucune sanction. Mais la direction invente, fabrique des prétextes pour licencier Serge Piedplat. Ce dernier aujourd’hui en ASS continue la lutte dans son syndicat d’origine.
Cédric Caupin (Sud, Renault-Douai) souligne la pertinence de l’action mais “arrêter les chaînes et débrayer” ne se fait pas sur un coup de baguette.
S’opposer aux informations de la direction de Renault c’est refuser la mise en concurrence des salariés du même Groupe. Cela provoque une stratégie qui produit de réelles pertes d’emplois, au nom de la réduction des coûts.
Frédéric Hedbaut (CGT, Sevelnord) se bat avec son organisation pour le maintien des emplois ; l’exigence c’est lutter pied à pied pour conserver les effectifs actuels alors que le marché de l’utilitaire connaît d’énormes soubresauts.
Pascal Cléry (FO AGC Automotive Douai) ainsi que Didier Beauchet, (CGT Bosal, Annezin) précisent que les choix actuels de leur entreprise n’offrent que peu de perspectives d’avenir à long terme. Les licenciements déguisés ou non y sont légion.
Perspectives de lutte
En guise de conclusion, même s’il ne peut en être question sur un tel sujet, Alain Bocquet est explicite : “Nous pouvons dégager des perspectives et construire des propositions créatrices d'emplois. Redonner confiance aux salariés, c’est permettre l’expression des exigences sociales. Mais là où il y a urgence c’est se battre pour l’industrie dans notre région.
Les licenciements et suppressions d’emplois dans l’Automobile en particulier montrent que les lois du marché fonctionnent toujours à sens unique, et produisent les pires ravages économiques, sociaux et environnementaux. L’accumulation des dividendes avec des fermetures de sites a pour conséquence le déclin de bassins d’emploi.”
La mobilisation est, bien sûr, à l’aune d’une actualité brûlante dans un système où la droite s’apprête à licencier en masse dans la fonction publique, à l’Hôpital public, dans l’Éducation nationale, dans les différents ministères (180 000 emplois vont être supprimés dans un proche avenir). Les propositions que l’on peut faire dépendent de chacun d’entre nous. La démarche de délégations de syndicalistes auprès des pouvoirs publics est un élément, parmi d’autres, de la mobilisation à construire. Tous ensemble.
À “la guerre économique” (enseignée dans des écoles avec pignon sur rue), les fédérations du PCF du Nord et Pas-de-Calais prennent à bras le corps la défense d’un secteur déterminant pour l’industrie de notre région, l’Automobile et toutes ses activités connexes.
Pierre Pirierros
Jean-Jacques Candelier :
“pertes et gels des emplois”
L’exemple de Renault est éloquent : alors que l’on s’apprête à y supprimer des milliers d’emplois, le groupe versera pour la seule année 2008 près de 800 millions d’euros à ses actionnaires.
Ce faisant, l’État, pourtant actionnaire à hauteur de 15 %, ne juge pas utile d’intervenir dans les choix financiers de l’entreprise. Mais pas pour les banques apparemment ! Logiques industrielles et financières marchent main dans la main depuis longtemps…
Une crise mondiale
Renault, Peugeot, Fiat, Daimler, Ford ou Volvo annoncent des résultats en baisse, des arrêts de productions et des mises au chômage technique.
Chômage technique, arrêt des missions intérim, gel des investissements, réductions des marges opérationnelles, partout dans le monde l’automobile dévisse. Le secteur accumule les mauvaises nouvelles et multiplie les saignées dans l’emploi de manière vertigineuse.
«La crise est là. Elle touche l’ensemble de l’économie réelle et particulièrement l’industrie automobile», affirmait jeudi Patrick Perlata, numéro 2 de Renault.
Economie réelle, vous avez bien entendu. On parle d’économie réelle, comme si auparavant, on parlait d’une économie irréelle ou virtuelle ?
«Quand Renault éternue, c’est la France qui s’enrhume», dit le dicton populaire. Cette fois-ci, la partie se joue sur le terrain du monde, confirmant un ralentissement économique déjà bien installé.
Toutes les marques sont touchées, les maisons mères révisent leurs prévisions de production et vont, de ce fait, déclencher une deuxième vague du côté des sous-traitants.
Sans visibilité sur l’ampleur de la crise, les ménages ont tendance à geler leurs grosses dépenses.
De leur côté, les banques sont plus frileuses sur l’attribution de crédit. Dans cette situation, les constructeurs automobiles anticipent la dépression et tentent de préserver le plus possible leurs prévisions de profits.
La France n’est pas seule dans la tourmente. Le constructeur italien Fiat vient d’annoncer vouloir étendre la période de chômage partiel dont sont déjà victimes les quelque 30 000 ouvriers dans la plupart des usines. Les investissements du groupe sont gelés.