LIBERTE 62 - LE PIRE N'EST PAS PASSE
Le pire n'est pas passé
La rencontre-débat avec Yves Dimicoli a démontré que le système financier mondial est en pleine faillite. La récession menace de s'ancrer durablement à moins qu'un mouvement social et populaire ait assez d'ampleur pour imposer des choix efficaces contre la crise.
Vendredi soir, de nombreux militants communistes avaient répondu à l'invitation de la fédération pour une rencontre-débat avec Yves Dimicoli, économiste et responsable du PCF.
Avant de passer à l'ordre du jour, Jean-Claude Danglot, secrétaire fédéral devait souligner combien cette initiative était nécessaire au regard de l'importance de l'assistance présente.
Dans un exposé en deux parties suivies par des questions ou des observations de la part des participants, Yves Dimicoli a démontré que la crise remet en cause la logique économique et financière à l'œuvre depuis un quart de siècle.
Dans la première partie, l'intervenant a dénoncé la manière dont s'y prend Nicolas Sarkozy pour mettre en place une «union sacrée» face à cette crise. Mais le président de la République s'emploie à jouer un théâtre d'ombres aussi fascinant que trompeur. Car, comme on pouvait s'y attendre, le plan de sauvetage européen de 2000 milliards n'est pas parvenu à endiguer la spirale des krachs boursiers et des faillites. Depuis le début de la crise, ce sont des milliards par milliers qui ont été dilapidés en pure perte pour venir au secours des spéculateurs. La France a volé au secours de son système bancaire en garantissant 360 milliards d'euros soit 20% des richesses produites dans notre pays. Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?
Yves Dimicoli explique que dans la recherche du profit, les banques prennent des risques.
Ainsi, aux USA, elles ont accordé des prêts hypothécaires importants aux habitants désireux d'acheter leurs maisons. Et comme le pouvoir d'achat des salariés a été battu en brèche par la logique du profit le plus grand dans le temps le plus bref, des difficultés sont apparues pour le remboursement de ces prêts. Ceux-ci n'étaient en rien garantis par la valeur du foncier qui était censée leur correspondre. C'est le mécanisme des subprimes. Le manque à gagner espéré par les banques prêteuses a entraîné la suite, la crise financière qui se traduit par un manque de confiance, la baisse des cours, les faillites.
Si pour Yves Dimicoli, l'étincelle est parti des USA, ces derniers ne sont pas les seuls responsables. Aux alentours, le terrain était sec pour propager l'incendie.
Moraliser le système ?
Yves Dimicoli constate, comme d'autres économistes, qu'on ne pourra pas enrayer une crise d'une telle ampleur en se contentant d'injecter de l'argent dans le circuit financier mondial pour permettre aux banques de se financer. D'où le retour en force de l'idée de régulation. Mais réguler comment ? Réguler en fonction de qui, de quoi ? En fonction de l'accumulation du capital, ou selon les besoins sociaux, la sécurité sociale des salariés ? On peut aussi dire que réguler le capitalisme, c'est comme demander à un tigre de manger de la salade. La notion de régulation est donc une notion trop vague pour être satisfaisante.
Pourquoi ne dit-on pas «réglementer les marchés» ?
Devant la folie douce qui a saisi la finance, on aurait tort de ne pas faire la nuance sur le choix des mots.
Chacun ayant saisi que moraliser le capitalisme est une parfaite illusion il s'agit donc de ne pas faire l'impasse sur la question clé de l'utilisation et de la finalité des crédits distribués par les institutions bancaires.
S'agissant des banques françaises, celles-ci apparaissent selon Yves Dimicoli comme moins menacées. Avec un confortable matelas de dépôts et une activité moins spécialisée et des ratios de solvabilités élevés, elles ont, en théorie, une meilleure résistance aux chocs financiers. Elles ne sont pas pour autant déconnectées du système financier international et chacun se rend compte qu'elles connaissent les mêmes dérives que leurs homologues étrangers. Si regardantes quand il s'agit de soutenir des projets de développement, la création d'entreprise ou le financement de solutions industrielles pour des entreprises en difficulté, les banques françaises se montrent plus promptes à s'engager dans des opérations financières pourtant plus risquées.
Yves Dimicoli souligne que les salaires, pensions et retraites sont autant d'argent qui rentre chaque mois dans les banques ; une manne gratuite qui devrait inciter les usagers à être plus vigilants sur la gestion de ces banques. Le manque de vigilance a laissé les mains libres aux banques mutualistes qui ont voulu se faire aussi grosses que le boeuf capitaliste.
Pour Yves Dimicoli, il faut créer un pôle public bancaire et financier pour changer le crédit et sa sélectivité en tarissant le crédit à la spéculation.
De même, l'intervenant pose la question : «Est-il aujourd'hui normal que l'économie mondiale dépende du dollar» ? Cela ne date pas d'hier mais des accords de Bretton Woods en 1944 qui ont été mis ces dernières décennies au service d'une mise en concurrence effrénée des salariés dans le monde et le développement d'inégalités dramatiques au plan mondial. Le rôle prééminent du dollar comme monnaie de réserve mondiale, en assurant aux États-Unis une position dominante sur les échanges commerciaux comme sur les capacités de financement, a été utilisé dans la mondialisation contre les logiques de coopération et de partage.
Apparaît donc la nécessité d'instaurer une monnaie mondiale commune mais les États-Unis n'y ont aucun intérêt puisque ça risquerait de prendre le pas sur le dollar.
Quelles solutions pour sortir
de la crise ?
Yves Dimicoli de par ses nombreuses rencontres du type de celle de Lens, constate que les gens se rendent compte que c'est le système capitaliste et non seulement le système financier qui est en cause et sont ainsi beaucoup plus disponibles pour le débat mais également pour l'action.
Que la bourse flambe ou chute, les gens font la terrible expérience que ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Ils découvrent aussi que l'Europe n'est pas une communauté solidaire pour affronter la crise.
Pour les militants communistes, il y a du travail d'explication à fournir car comme disait Lénine, «les capitalistes peuvent se sortir de chaque crise, tant qu'ils réussissent à la faire payer par les travailleurs».
Il va falloir remettre au centre du système l'incontournable question du travail et de sa rémunération.
Depuis trop longtemps, la contrepartie d'une rentabilité à deux chiffres réclamée par les actionnaires, c'est la pression sur les salaires, la précarisation de l'emploi, la dégradation des conditions de travail, la dévalorisation du travail dans le processus productif.
C'est de là que vient la crise et une nouvelle réglementation ne suffira pas à la résoudre. Il faut augmenter les salaires, développer l'emploi, investir dans la formation des salariés, combattre les inégalités, définir une stratégie industrielle.
Une formidable bataille d'explications attend les communistes en cette période de préparation de leur congrès et en vue de la manifestation du 6 décembre à Lens qui doit permettre de donner corps aux exigences exprimées ci-dessus.
Jean-Michel Humez